Faire de la clinique


Il est encore possible de faire de la clinique par le biais de la Santé Publique, bien que ce soit de moins en moins conseillé.

L’ancienne maquette permettait de faire jusqu’à quatre stages en clinique mais la nouvelle maquette de la R3C ne permet plus que deux stages libres au total.

En effet, il existait auparavant un certain nombre de DESC accessibles à partir du DES de Santé Publique : infectiologie, gériatrie, addictologie, cancérologie et nutrition. Encore fallait-il être accepté par le coordinateur de DESC et obtenir son poste de chef de clinique… il y avait peu de places et beaucoup de demandes !

Il faut aussi savoir qu’un ancien interne de Santé Publique ayant validé un DESC ne peut pas s’installer en ville dans un cabinet. Il exerce son activité clinique en milieu hospitalier.

Le DESC de gériatrie était un DESC de type 2 à l’issue duquel vous n’étiez plus médecin de santé publique, mais gériatre, sans retour en arrière possible.

La réforme du 3ème cycle des études médicales a supprimé les anciens DESC et créé des Options (accessibles uniquement via un certain DES) et des Formation Spécialisées Transversales (FST, communes à tous les DES, bien que certaines soient conseillées). Certaines de ces FST permettent de faire de la clinique.

En Santé Publique :

  • Option Administration de la Santé (une année supplémentaire s’insérant entre les phases d’approfondissement et de consolidation), consistant en des journées de cours mensuelles se déroulant à l’EHESP à Rennes, en parallèle d’un an de stage en ARS (en cours de validation).
  • 6 FST conseillées :
    • Nutrition
    • Addictologie
    • Hygiène – prévention de l’infection et résistance
    • Pharmacologie médicale
    • Médecine scolaire
    • Bio-informatique médicale

 


Interview d’Eric, ISP ayant effectué un stage clinique

Q. Peux-tu te présenter s’il te plait ?

Salut, je m’appelle Eric, interne en 8ème semestre de santé publique à Bordeaux.

Q. Pourquoi as-tu choisi de faire SP ?

J’ai fait médecine car j’avais envie de faire un métier utile pour les êtres humains et la société, et par envie de connaitre et comprendre le fonctionnement de l’organisme. La découverte de l’épidémiologie en P2 m’a permis de réaliser que j’aimais la réflexion scientifique et la vision globale de la santé que cette discipline procure. Bien que j’ai adoré mon externat et les stages cliniques, je n’ai pas trouvé de spécialité qui m’a passionné et convaincu de l’exercer toute ma vie, avec un certain manque de satisfaction dans l’exercice de la réflexion clinique (avec en point d’orgue le mode d’apprentissage pour l’ECN). J’ai alors vu la santé publique comme une spécialité me permettant de concilier mes connaissances médicales, mon besoin d’une réflexion « différente » et l’envie de pouvoir exercer différentes activités dans différentes structures au cours de ma vie.

Q. Pourquoi avoir fait le choix d’un stage en clinique ?

Bien qu’un peu préparé, j’ai perçu le passage de la clinique à la santé publique comme assez brutale. Mes deux premiers semestres se sont très bien passés au sein de deux unités d’épidémiologie interventionnelle me permettant de mener l’investigation d’épidémies, la mise en place de protocoles de surveillance de maladies infectieuses et d’évènements de santé ou la réalisation d’études épidémiologiques descriptives. Mais j’avais quand même l’impression :

1. Qu’une grande partie de mes connaissances médicales durement acquises étaient en train de disparaitre

2. De manquer d’expérience de la médecine : méconnaitre les problèmes rencontrés par les médecins dans leur exercice, le fonctionnement quotidien d’un service hospitalier, et d’autres choses importantes à connaitre pour agir efficacement en santé publique.

J’avais hésité à prendre des gardes pendant ma première année, mais j’avais clairement peur de ne pas être à la hauteur car totalement déconnecté de la pratique clinique et la prescription dans mes stages (ce n’est pas en garde que l’on a le temps d’apprendre correctement). J’ai donc décidé de réaliser un stage hors filière en 3ème semestre dans un service hospitalier de gériatrie dans un hôpital périphérique.

Mes objectifs :

1. Voir si l’activité clinique me plaisait dans cette spécialité qui m’avait toujours intéressé par sa vision globale de la prise en charge des patients

2. Acquérir une petite expérience du fonctionnement d’un hôpital vu par le médecin et des problèmes rencontrés par les patients dans une zone rurale (accès aux soins, disponibilité des structures d’hébergement : maisons de retraite, Ehpad).

Q. Quels souvenirs en gardes tu ?

De très très bons souvenirs. Le retour à la clinique s’est opéré avec peu de difficultés finalement : mon co-interne était en 1er semestre et on partait au même niveau donc on s’est bien aidé ! J’ai appris énormément de choses sur la pratique médicale, les difficultés liées à l’organisation des hôpitaux et du système de soins plus généralement (Ehpad, financement de la dépendance, etc.). Je craignais les gardes aux urgences mais elles étaient bien séniorisées (l’avantage de cette périph’) et j’ai très vite acquis mon autonomie. De très bons souvenirs également de l’ambiance dans le service et avec les autres internes de l’hôpital (j’ai tissé des liens forts avec certains) : on partage beaucoup de choses dans les difficultés communes et le questionnement. De belles rencontres avec les patients également (un contact humain qui peut parfois manquer en santé publique) et un sentiment d’utilité sociale bien plus marqué car au contact des malades.

Néanmoins, je me suis vite rendu compte que, passé la phase de diagnostic, le traitement et le suivi des patients m’intéressaient moins, avec l’impression d’une certaine routine. Par ailleurs, la réalisation de projets en stage de santé publique me manquait beaucoup. Comme la double spécialisation médecin SP et gériatre (possible par un DESC) me semblait une idée bancale (à mon sens, il faut se consacrer à 100% à une spécialité pour l’exercer correctement, qu’elle soit clinique ou non clinique), je suis donc retourné à la santé publique après ces 6 mois d’expérience.

En bref, ce stage clinique a été une très bonne expérience qui m’a permis de confirmer mon choix pour la spécialité de santé publique et d’acquérir des connaissances sur les problèmes rencontrés par les médecins et les patients dans un domaine de recherche dans lequel je souhaite travailler (le vieillissement).

Q. Et enfin, conseillerais-tu un stage en clinique aux autres internes ?

Sans hésiter oui car on apprend énormément sur le terrain. La lourdeur et l’intensité de l’activité clinique peuvent varier selon les stages et libre à chacun de trouver ce qui peut lui convenir. Je suis persuadé que des stages de consultations (médecine générale, CDAG, CIDDIST, médecine préventive, consultations aux voyageurs, etc.) sont également très formateurs : la partie «médecine sociale» du DES trop souvent oubliée. Nous, médecins de santé publique, auront un rôle à jouer dans l’orientation des politiques de santé de demain et il est indispensable d’avoir, même très brièvement, vécu une expérience de terrain pour garder à l’esprit les difficultés rencontrées par les patients et les professionnels de santé.